Le parcours inspirant de Hadja Idrissa BAH.

Présentez-vous à nos lecteurs ?

Bonjour, je suis Hadja Idrissa Bah, étudiante en Droit à l’université de Sorbonne et je suis la présidente fondatrice du club des jeunes filles leaders de Guinée. Je suis également membre du Conseil administratif  d’équilibre et population en France.  Aujourd’hui je suis représentante des jeunes féministes de l’Afrique de l’ouest francophone.

Parlez-nous de votre enfance ?

J’ai grandi dans une famille qui a des valeurs très fermées où la question des droits de la femme n’est pas une priorité, je suis l’ainée de la famille dont les parents n’ont été à l’école et je suis la première personne de la famille à être inscrite à l’école française. Dès mon bas âge, j’ai été l’objet d’une discussion entre les membres de la grande famille, pour mes oncles je devais faire l’école franco arabe comme mes cousins et pour mes parents je devais aller à l’école. Heureusement mon père a décidé de m’inscrire à l’école française, car pour lui je pouvais apprendre le français comme tous les autres enfants à l’école et apprendre le coran à la maison.

Il faut rappeler que j’ai été excisé à l’âge de 8 ans, c’est ainsi que j’ai connu les conséquences de cette pratique.

Mes débuts à l’école ont été très difficiles en tant que jeune fille inscrite dans une grande école à Conakry et mon père faisait tout pour que je puisse réussir à l’école pour ne pas avoir honte au sein de la grande famille.

 Quand j’ai eu 13 à 14 ans, certains de mes oncles sont venus proposer  à mon père de chercher un mari pour moi en disant « ta fille a grandi, il faut lui trouver un mari » et mon père s’est opposé catégoriquement à cette proposition en affirmant «  Non, elle est continue d’étudier d’abord, il faut la laisser  à l’école ». Il faut reconnaitre que j’ai eu la chance d’avoir un père protecteur. Ce qui me poussait à réussir à tout prix à l’école pour ne pas décevoir mes parents car ils me faisaient toujours savoir que si je n’étais pas la meilleure à l’école, ils allaient me donner en mariage.

Quand  je ne devenais pas première à l’école mon père  me battait. J’ai même certaines traces sur mon corps et il faut dire que cela m’a fait du bien car ça m’a permis de voir bien les choses et ne pas commettre des erreurs.

J’ai commencé à militer quand je faisais la 7 ieme année avec aucune expérience au sein du parlement des enfants, j’étais la plus petite, je  ne savais pas m’exprimer en public, c’est ainsi que j’ai eu la chance d’avoir un coach qui m’a vraiment soutenu. A 15 ans mon objectif était de devenir la présidente du parlement des enfants de toute la Guinée, cette place était tellement convoitée, et la plupart de mes adversaires était des hommes. Je ne me suis pas laissé intimider et j’y suis arrivée grâce aux soutiens de mes parents et de mon coach.

D’où est venue l’idée de la création du Club des jeunes filles leaders de Guinée ?

L’idée de la création de cette structure m’est venue quand j’ai été élue présidente du parlement des enfants. A chaque fois que j’abordais la question de l’excision, certains députés esquivaient la question et ne souhaitaient pas en parler. C’est ainsi que plusieurs jeunes filles qui me prenaient pour modèle à chaque fois qu’elles me suivaient à la télévision ont décidés de venir me voir pour me dire qu’elles souhaitaient adhérer au parlement, chose qui n’était pas possible car le parlement était comme l’assemblée nationale, il fallait passer par des élections législatives pour être membre.

Quelques temps après l’idée du nom Club des jeunes filles leaders de Guinée m’est venue à l’esprit, j’ai décidé de mettre en place cette structure qui sera composé uniquement des filles. C’est ainsi que j’ai contacté les filles et on a travaillé sur la vision, les missions, les objectifs et les antennes de la structure.

On a commencé avec 8 membres et aujourd’hui on est à plus 500 membres partout en Guinée. Notre vocation était d’être des filles exemplaires pour les autres jeunes filles.

Nos objectifs sont entre autre : la lutte contre l’excision, le mariage précoce, le mariage forcé, les viols et violences faites aux jeunes filles. On encourage la scolarisation et l’épanouissement de la jeune fille.

Quelles sont les difficultés rencontrées depuis la création de votre ONG ?

Les difficultés sont énormes et il faut être directe la dessus, lors de la création on nous disait qu’on était incapable de réussir, qu’une association qui n’a pas de garçon ne durera pas car il y’aura de la jalousie entre les filles.

On a rencontré des difficultés avec les religieux qui nous maudissaient et nous traitaient de tous les noms, les mamans n’étaient pas d’accord avec ceux qu’on faisait. Certaines autorités ne voulaient pas agir dans certains cas. Quand on sortait sur le terrain pour traquer certains violeurs,  les policiers nous demandaient de l’argent comme nous étions une ONG. On rencontrait aussi des difficultés financières car l’ONG n’avait de budget, donc on se débrouillait par nos propres moyens. Au niveau de la justice, on nous affirmait qu’il fallait avoir 5 ans d’expérience pour intenter une action en justice ou pour être constitué en partie civile dans un procès.

Sur les réseaux sociaux, il y’a des internautes qui nous traitent de prostituées, des filles vendues, des filles  qui veulent débarrasser la communauté de sa propre culture.

Combien de cas de viols ou de mariages précoces avez-vous annulés en Guinée ?

Selon des informations récentes nous sommes à une soixantaine des cas de mariages précoces annulés à travers le pays. Une trentaine de cas de viols dont nous avons arrêtés les agents pénaux. On a beaucoup accompagné des personnes pour l’annulation des cas de mariage forcé.

Comment arrivez-vous à gérer les activités sur le terrain malgré votre distance sur le terrain ?

Malgré la distance, je suis toujours sur les réseaux sociaux entrain de communiquer avec les différents membres du club via des groupes WhatsApp, je suis en contact avec toutes les présidentes des antennes du club, au niveau du bureau national s’il y’a des initiatives je donne mon point de vue, je conseille et je guide les membres pour les différentes tâches. De mon cote j’essaye de faire avancer les choses lors des grandes rencontres avec les instances de décisions à l’international et les bailleurs de fonds.

Vous pouvez nous faire un briefing par rapport à votre diner avec le Président Emanuel Macron ?

L’objectif de la rencontre était de discuter sur les questions liées aux droits des femmes et préparer le forum de l’égalité entre hommes et femmes prévu le mois de juillet prochain à Paris. 

L’idée de la rencontre, était aussi de partager  les recommandations des jeunes féministes de l’Afrique de l’ouest et exposer les réalités sur le terrain. 

Les recommandations faites à l’endroit du président Emmanuel Macron étaient entre autre : l’écoute des jeunes féministes dans les grandes instances, la participation des jeunes pendant l’élaboration et la mise en œuvre des politiques et l’accompagnement des associations féministes au niveau local.

Les échanges ont été fructueux et le président Macron a pris en compte nos recommandations. J’ai aussi rappelé qu’à l’issue du G7, la France avait débloqué 120 millions d’euros qui doivent servir aux différentes associations pour la mise en œuvre des différentes activités. Ainsi le président a dit au gouvernement de faciliter les petites associations pour le décaissement des fonds concernant les activités.

Parlez-nous de vos différents prix grâce à votre combat d’activiste féministe ?

J’ai reçu plusieurs  prix entre autre :

En 2014, j’ai reçu mon premier prix lors d’un concours d’éloquence de la JCI

Le 10 Octobre 2019, j’ai reçu le prix de la délégation aux droits des femmes du sénat Français

En Décembre 2018 et 2019, j’ai été lauréate des J Awards de Guinée : Catégorie leadership féminin.

Quel est votre secret de réussite ?

Je dirais que je n’ai pas de secret de réussite, pour tout combat, il faut le mener avec honnêteté, la passion et l’amour. Il faut vivre la chose pour pouvoir mener le combat, j’ai vécue et j’ai vu ma mère souffrir énormément, je dirais même que c’est la femme la plus soumise au monde, elle fait partir des personnes qui me motive, toutes ces femmes qui subissent ces atrocités sont ma motivation, ces jeunes filles qui voient en moi un modèle sont ma motivation, c’est  pour cette raison que je ne lâcherais jamais. Depuis 8 ans c’est ce combat que je mené, toute ma vie se résume à cela. Je n’ai pas de secret, j’ai juste été persévérante, je ne me suis pas laissé faire, et je n’ai pas eu peur de l’intimidation, j’ai continué mon combat avec amour et passion, je n’écoute pas les gens et je ne tourne pas au tour de la vérité.

A l’occasion de la journée internationale des femmes, quel message donnerez-vous aux jeunes filles ?

La journée internationale des femmes est un symbole de tous les jours pour nous. Le 8 mars n’est pas un jour où on doit faire la fête, ou célébrer ce qui ne va pas. Ce jour-là, on doit vraiment s’exprimer d’avantage parce que le monde entier écoute les femmes, je dirais aux jeunes filles, si elles vivent des atrocités ou des violences, elles peuvent s’exprimer, elles peuvent nous interpeller, fort malheureusement chez nous, c’est la mamaya qui prime, on s’habille en « sobhi » pour aller danser comme si tout va bien, je suis désolé car c’est attristant, je pense qu’il faut être autour de la table pour débattre à l’occasion de cette journée où on doit uniquement parler des droits de la femme.

Un mot pour notre site web www.gui-plus.com ?

Bravo ! Pour cette belle initiative, je pense que si la jeunesse commence à se réveiller à tous les niveaux, je pense que cela mérite une félicitation  car vous avez décidé d’innover dans ce sens-là pour donner la parole à ces jeunes. C’est la plus belle initiative, dans tout combat il faut donner la parole aux autres. Je pense qu’ensemble on peut y arriver parce que si on se donne les mains, on peut aller de l’avant. Nous ne sommes pas le futur mais le présent.

Un mot pour la fin ?

Je vous remercie de m’avoir donné la parole, de m’exprimer, je remercie toutes ces personnes de près ou de loin qui nous accompagnes et d’encourager les jeunes filles à l’éducation si on ne peut plus étudier, alors il faut faire un métier pour pouvoir s’épanouir. Travaillons très dur et montrons aussi que les femmes sont capables.

Merci !

Mamadou Maladho Diallo pour www.gui-plus.com

8 réflexions sur “Le parcours inspirant de Hadja Idrissa BAH.”

  1. Je dirais que idrissa est une fille très motivée j’ai aimé son parcours et son courage j’aimerais faire autant c’est encourageant merci et bonne continuation 🙏🏻

  2. Merci pour le combat jusqu’à l’heure actuelle
    T’es brave il faut signaler que tu doit servir d’exemples pour nos jeunes sœurs
    Pour terminer je salut la bonne éducation que t’as reçu auprès des parents, car le fait de te voir toujours avec un foulard sur la tête est une bonne chose
    Merci et du courage

    1. J’imagine que c’est un long parcours de combattant . vraiment je suis pour l’excision moi,mais je félicite cette fille et je l’admire pour son courage son talent son ouverture d’esprit.et je l’encourage d’aller de l’avant.

  3. Je trouve que cette fille est très courageuse malgré vents et marées car elle ose dire très haut ce que les filles dont les droits sont bafoués n’osent pas! Et j’espère que la jeune génération va pouvoir s’exprimer librement et surtout être épargnée du grand fléau qui est l’exclusion. Bon courage et bonne continuation à elle!

  4. Je trouve en elle une femme battante, talentueuse et surtout brave.
    Éduquée je dirais merci à t’es parents car eux tu ne pourrait être à ce niveau…

  5. ABDOUL RAHIM DIALLO

    C’est un long parcours sister du courage c’est pas lieux de te féliciter parceque tu as pleine des choses à faire alors bonne continuation tu dois servir de modèle aux autres sisters !

  6. Le parcours est juste merveilleux et source de motivation pour d’autres jeunes filles. Bonne continuation à BAH car le combat reste encore à livrer.

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