INTERVIEW : Découvrez le parcours remarquable du premier mannequin international de la Guinée

1) Presentez vous et parlez nous de vous ?

Je me nomme Djoumessy Sinkhoun. Je suis mannequin, formateur, promoteur culturel de mode, je suis dans l’événementiel. Je suis universitaire, j’ai un master en sociologie spécialité développement communautaire et organisation. J’ai suivi quelques formations en marketing et maintenant je suis en train de suivre des formations en marketing digital, c’est un domaine que j’aime beaucoup.

2) Que peut-on retenir de votre parcours ?

J’ai commencé ma carrière en 2012 ici en Guinée. Je pense que c’était après une compétition de mode pour laquelle je n’étais pas trop favori mais c’était une école qui me tenait vraiment à coeur, c’est l’université Mahatma Gandhi qui, la première édition a raflé le prix et la deuxième édition par faute d’étudiants candidats pour aller représenter l’école, et comme moi j’étais proche de l’université, chose qui a frustré même mon université parce que j’étais à l’université Sonfonia, je suis allé quand même pour sauver l’honneur de cette l’université. Après ça, je fais la rencontre de monsieur feu AlphaO fashion qui, de la façon dont les choses se sont déroulées il n’a pas aimé. Donc, il m’a proposé de travailler pour lui dans la mode, chose que j’ai accepté. Il m’a formé personnellement, que Dieu le retourne ça, après j’ai fait tous les grands défilés de la Guinée parce qu’on a été à l’intérieur du pays, on a presque installé avec ce monsieur nos antennes dans les huit régions de la Guinée. Après ça j’ai eu mon premier ticket pour aller à l’international, le premier mannequin homme à aller à l’international, j’ai fait quelques pays dont le Mali, le Burkina, le Niger et je suis revenu mais quand je suis revenu je n’ai pas voulu repartir à l’international parce que c’est quelque chose qui était juste là qu’on m’avais imposé du fait qu’un mannequin doit aller à l’international pour se considérer mannequin mais quand j’ai été de l’autre côté j’ai eu à côtoyer des gens qui, à l’international ils sont des grands mannequins mais ils ne sont jamais sortis dans leurs pays. Quand je me suis retourné et comme j’avais à l’esprit de créer ma communauté, j’ai donné la chance à d’autres personnes de sortir. Aujourd’hui, c’est eux qui sont en train de s’imposer sur le plan de la mode et de mannequinat en Guinée. J’ai eu la chance bien sûr de trouver un petit financement à travers la mode et avec l’appui de mes parents, je suis allé en Malaisie où je me suis un peu formé. J’ai appris l’anglais qui m’a beaucoup servi dans le domaine de la mode parce que quand on dépasse nos frontières le plus souvent on est confronté à ce problème de langue que moi j’ai essayé de remédier. Arrivée en Malaisie, par faute d’activités et les coûts d’abord, j’ai trouvé des festivals je me suis inscris et j’ai fait pas mal de festivals. Après la Malaisie, je suis revenu en Guinée et j’ai participé à quelques événements ici et après je suis allé en Coré du Sud. Là aussi, j’ai fait beaucoup d’évènements, beaucoup de défilés de mode mais le défilé de mode qui m’a marqué de plus c’est l’événement Séoul Fashion Week où j’étais un peu en surpoids mais ça les disaient rien. En gros, j’ai fait presque sept pays et beaucoup de défilés de mode.

3) Étant Sociologue de formation, qu’est-ce qui vous a motivé à opter pour la mode ?

C’est de fait que j’ai participé à une compétition pour une école qui n’était pas mon école d’origine. Et après ça les résultats étaient tellement catastrophiques que celui qui était là comme le meilleur styliste de la Guinée à son temps et je pense même si je m’abuse c’est le meilleur styliste de l’histoire de la Guinée, il m’a récupéré donc j’étais en sécurité. Quand je suis allé à l’université, je me suis un peu intéressé à la mode et je me suis rendu compte qu’il y’a aussi ce qu’on appelle la sociologie de la mode. Quand je faisais mon master, je suis tombé sur des auteurs comme ça, sur des cours comme ça. Du coup, je me suis dit que je n’étais pas forcément du mauvais coté. Donc, la mode et la sociologie peuvent aller ensemble. Raison pour laquelle je me suis intéressé et aujourd’hui par la grâce de tout puissant, je me sens bien dedans. Je ne sais même plus faire autre chose, je suis dedans corps et âme.

4) Vous avez représenté plusieurs fois la Guinée à l’international, parlez nous de cette expérience.

Je pense qu’en Afrique c’était une expérience que moi je n’ai pas forcément aimé parce qu’il y’a des choses qui encouragent, il y’a des choses qui découragent mais le plus souvent je ne parle pas des autres mannequins mais les mannequins de la Guinée, s’ils doivent aller à l’international on se fout tellement de nous qu’on veut que tu payes ton transport aller et retour. C’est ce qui m’a découragé parce que moi il y’a des festivals où je refusais carrément d’aller si on ne me paye pas au moins mon transport. Quand même arrivé sur les lieux, on prend l’hébergement et le reste mais si on ne paye pas ton transport et parfois même on ne te donne même pas de cachet. Je ne connais pas présentement un mannequin qui est allé à l’international qui va me dire qu’on l’a donné un cachet. Donc en gros, c’est bon parce que c’était un début il fallait ça mais après si tu deviens un peu professionnel dedans, tu n’a plus envie de ça, tu veux vivre de ton art, tu ne peux pas continuer à faire le bénévolat mais tu veux vivre de ton art. Donc, c’était ça qui m’a démotivé, parce qu’après quelques pays en Afrique, quand je suis revenu je n’avais plus envie de répartir jusqu’à ce que je suis parti en Malaisie. Là-bas, c’est vraiment professionnel. Si tu es retenu pour un défilé, tu sais ce que tu dois avoir à la fin de l’événement. Le plus souvent même on te paye en moitié à l’avant et arrivé sur place on te paye la moitié de l’autre moitié avant que tu ne monte sur le podium. Après le festival, on te vire le reste. En Coré du Sud aussi si tu est retenu, on vient te chercher jusque devant ta porte.

5) Quelles sont les difficultés que vous avez rencontré pendant ces différents voyages ?

En Afrique, c’est le manque de considération. Une fois dans les lieux de spectacles, vous n’avez pas cette valeur que moi je cherchais. C’est pourquoi d’ailleurs je vous avez dit que je me suis découragé à un moment donné. Après ces difficultés, il y’a un autre regard que la société te porte. Il y’a un problème surtout pour les mannequines le plus souvent. Au départ, on pense qu’elles se prostituent si elles font de la mode. Je sais qu’il y’a certaines personnes qui se disent qu’elles font du mannequinat mais elles sont dépourvues d’éthique qui continuent à nous pomper l’air. Sinon le mannequinat c’est l’éducation. Moi, les mannequins qui sont avec moi je les éduque. D’abord je sais que j’ai reçu une bonne éducation, donc, je fais de telle sorte que je les inculque ça. On nous jette beaucoup de discrédit mais nous du moment qu’on sait ce n’est pas ce qu’ils pensent, c’est à nous donc de prouver au monde entier que nous avons opté pour ça parce qu’il faut être chômeur mais ne soit pas désœuvré. Ces gens là doivent comprendre qu’on contribue aussi à donner du boulot mais on ne nous considère pas trop même l’État, le Ministère de tutelle. Peut-être les artistes sont mieux considérés que nous les mannequins. Parfois quand tu pars représenter la Guinée, représenter les couleurs de la Guinée, on te donne juste le drapeau, les mesures d’accompagnement n’existe pas pour le moment et on aimerait bien que le Ministère revoit cela.

6) Aujourd’hui vous êtes gérant d’une Agence de mode, AlphaO Fashion, parlez nous de votre quotidien en cette période de suspension de tous les spectacles en raison de Covid-19.

C’est une agence de mannequinat que nous avons qui est différente de la structure qui organise les événements, sinon normalement ceux qui ont les agences de mannequins ne sont pas forcément ceux qui ont des évènements de mode. Mais ici, il faut que tu te lance dans tout pour pouvoir gérer tes propres activités au cas où il y’en a pas. Ici, on en a pratiquement pas des événements de mode. Normalement dans l’année on doit avoir plus de dix évènements de mode, des sponsors et tout, les mannequins viennent quand ils défilent on les paye parce que ça peut les aider financièrement. Mais maintenant là je m’occupe de tout notamment l’organisation interne parce que je viens d’arriver et j’ai trouvé que l’agence était à l’agonie, rien ne marchait. Donc, je suis en train de restructurer l’agence. Je vais essayer de trouver des nouveaux mannequins parce que là on a besoin d’un nombre important. Pour le moment on suit l’État et on continue nos répétitions. Ça nous aide, ça nous donne du temps pour les répétitions, de mettre à niveau les mannequins parce que le dernier hommage de AlphaO Fashion je me suis rendu compte que le niveau des mannequins a vraiment baissé. Mais je les comprend parce qu’il n’y a pas d’événements de mode, il n’y a pas de challenge, il n’y a pas quelques choses qui les poussent à travailler.

7) Quels sont vos projets futurs ?

C’est de remettre l’Agence en marche, surtout avoir le maximum de mannequins et penser à s’organiser. Je suis à la base de la création de beaucoup d’agences, je suis conseiller de beaucoup d’agences, je suis partenaire de beaucoup d’agences, j’ai mon agence mais je fais de telle sorte que les gens créent des agences, c’est normal. Sinon si je suis seul, si j’ai des imperfections je ne peux pas savoir si je suis le meilleur s’il n’y a pas une personne avec qui je peux faire de comparaison. Donc à court terme, c’est d’encourager la création des agences de mannequins et encourager les filles et les garçons qui répondent aux critères à venir dans la mode. Maintenant les projets à long terme, je vais essayer de réunir les gens sur peut-être un projet de fédération, d’association, ensemble organiser un festival qui va nous concerner parce que le plus souvent c’est d’autres personnes qui viennent organiser des festivals à notre place et nous on vient sur des règles qui ne sont pas nos miennes.

8) Quel regard portez vous sur la mode en Guinée ?

Mon regard est décevant parce que le niveau a baissé. Je disais que je les comprend mais ce n’est pas normal. Un mannequin tu doit répéter à la maison. C’est comme un sportif, tu lâches le métier te lâche. Donc, les mannequins doivent travailler parce que le niveau est bas. Et dans le temps, l’engouement que la mode avait n’est plus le même. Donc, ça va de pire en pire si on ne remédie pas rapidement à ça parce que la mode est un secteur d’avenir. Ça peut bloquer même l’immigration parce que si tu es un diplômé sans-emploi et que tu as les critères, si une agence te récupère tu peux travailler en attendant et gagner quelques choses.

9) Vu votre expérience dans la mode, quels conseils avez vous à l’endroit des autres jeunes guinéens qui veulent se lancer dans ce secteur ?

C’est un secteur prometteur. Donc, ceux qui ont une capacité d’enseigner, d’apprentissage, si vous avez les critères, venez dans la mode. On a besoin des personnes parce que moi je suis en train de chercher la minorité silencieuse pour les faire sortir pour que les gens sachent que ce secteur là existe. Ce n’est pas mon combat, c’est le combat de mon mentor AlphaO Fashion, donc, j’ai le droit de continuer jusqu’à ce que le gouvernement sache qu’il y’a un secteur d’avenir dans ce pays qui est le mannequinat, la mode.

10) Un mot pour notre site web www.gui-plus.com.

J’ai fait quelques touches sur votre site. Vous faites du bon boulot, c’est un site prometteur. Je pense que vous allez avoir beaucoup d’actualités aussi si vous vous intéressez à la mode. Bonne chance à nous tous.

Un entretien réalisé par Abdourahmane Diallo pour www.gui-plus.com

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