Chronique: Le pouvoir de l’éducation selon Aboubacar Mandela Camara.

LE POUVOIR DE L’EDUCATION POUR UNE SOCIETE GUINEENNE UNIE, JUSTE, PROSPERE ET PAISIBLE

L’icône mondiale, Nelson MANDELA affirma un jour : « l’éducation est l’arme la plus puissance qu’on puisse utiliser pour changer le monde. »

Cette affirmation, devenue aussi célèbre que son auteur, n’est pas fortuite. Loin de là !

Rappelons que MANDELA, lui-même, est né dans une société où les droits civiques n’étaient pas les mêmes pour tous. En fonction de l’origine sociale, de la couleur de la peau, on était soit damné, soit prédestiné au salut. Le système de l’apartheid est, aujourd’hui considéré comme étant l’une des pires formes de « chosification » de l’homme par l’homme.

Aux USA, les afro-américains et d’autres minorités ont aussi payé les frais du racisme et des violences meurtrières savamment orchestrés par l’homme contre l’homme. Les séquelles y existent toujours.

En Afrique même, rappelons-en, bien avant que les peuples dominés n’envoient leurs enfants à l’« école du  blanc », ils avaient subi les formes de domination et d’exploitation les plus inhumaines de l’histoire de l’humanité à savoir : l’esclavage et la colonisation. Mais, tout cela n’est que de l’histoire.

Il est ici question de savoir :

-comment est-ce que les USA, disons, le peuple américain, sont parvenus à transcender leur diversité raciale et leurs divergences religieuse, philosophique, politique pour se hisser au toit du monde en moins d’un demi-siècle ?

-comment est que la Chine qui fut dominée au même titre et même moment que les pays africains, fait aujourd’hui partie des ‘’Grands de ce monde’’ ?

-comment est-ce que l’Afrique du Sud, multiraciale et profondément divisée, est devenue une « nation arc-en-ciel » ?

-notre cher pays, la République de Guinée, pourrait-elle s’élever à la hauteur de ces nations et de toutes celles qui ont réussi à transformer les diversités raciales ou ethniques ou religieuses et les divergences de points de vue, d’audiences politiques ou philosophique afin d’être, enfin, une nation unie, juste, prospère et paisible ?

Telles sont, entre autres, les questions que nous devrions tous nous poser et auxquelles nous devrions tous apporter des approches de solutions.

Bien avant, parlons du ‘’mal guinéen’’.

Selon moi, et beaucoup d’autres observateurs et chercheurs, le mal guinéen, comme un peu partout en Afrique est dû :

  • primo, à la mauvaise conception que nous avons de la démocratie

En toute franchise, la démocratie imposée à l’Afrique, en contrepartie d’aides financières, a fait plus de mal que de bien au continent noir. La démocratie n’est pourtant pas un mauvais système en soi. Car, toutes les nations qui ont émergé ou émergentes sont passées par là.

J’ai l’impression que les principes démocratiques n’ont pas été bien assimilés par ceux dont-on pourrait qualifier d’« Elite africaine ». Ce sont eux qui sont en train d’intoxiquer les électeurs en majorité analphabètes. On nous fait souvent croire que si tel arrive au pouvoir et que si tel autre quitte le pouvoir, ce serait pour nous une puissante catastrophe ; l’oxygène manquerait et que les respirations s’arrêteraient causant ainsi la fin du monde.

Le couple présidentiel américain, Barack et Michelle OBAMA, a quitté la maison blanche à un moment, pourtant, où le monde entier d’ouest en est, du nord au sud ainsi que du centre, le vouait une admiration presque sans précédent.                           Des millions de sud-africains auraient souhaité que l’emblématique, feu Nelson MANDELA, héros extraordinaire de la lutte contre l’apartheid, continue à gouverner « la Nation arc-en-ciel » (l’Afrique du Sud) jusqu’à son dernier souffle. Mais, il s’est retiré volontiers après seulement un mandat de quatre ans contre toute attente. Léopold Sedar SENGHOR, chef de file du mouvement de la négritude, célèbre intellectuel de tous les temps, s’est retiré de la présidence sénégalaise une décennie avant que le vent de la démocratie ne souffle sur le continent africain.

Dans tous ces cas et, dans beaucoup d’autre similaires, la terre n’a pas tremblé et la vie n’a pas cessé son cours normal. La vie continuera toujours. []  Depuis l’avènement de la démocratie, les victimes se comptent en millions partout en Afrique. Les dégâts matériels et pillage économique se chiffre en milliard de dollars ou d’Euro. Pourtant, il suffirait juste un petit effort pour faire comprendre aux populations le contenu et le fonctionnement normal de la démocratie.

Pour ce qui me concerne, je rappelle ici la définition et quelques principes qui constituent le fondement de tout système démocratique : Selon le Livret du citoyen du MUN, 2017 : « La démocratie est un régime politique dans lequel le pouvoir appartient au peuple qui peut l’exercer soit directement (démocratie directe), soit indirectement par l’intermédiaire de représentants (démocratie représentative). » D’après Abraham LINCOLN, Ex Président des USA : « La démocratie est le pouvoir du peuple, par le peuple, pour le peuple. »

Extrait de mon ouvrage ‘’République de Guinée : la paix est possible’’, PP. 43-44, Edilivre, 2019, Paris, France

  • secondo, à la communautarisation du champ politique et administratif (l’ethnie au-dessus de la nation)

Selon la définition tirée du Livret du Citoyen, MUN (2017 : 19), une Nation est une communauté humaine ayant conscience d’être unie par une identité historique, culturelle, linguistique ou religieuse. En tant qu’identité politique, la Nation est une communauté caractérisée par un territoire propre et organisé en Etat.

Pendant que l’ethnie est, selon la définition donnée par Dr Alhassane CHERIF dans son livre « parenté à plaisanterie (Sanakouya) », l’Harmattan, 2014, P. 19 : un groupement humain, homogène dans la culture et dans la langue. C’est un ensemble de groupes locaux (tribus, communautés villageoises ou urbaines qui se reconnaissent une origine commune lointaine et parlant la même langue).

Partant de ces deux définitions, nous pouvons dire sans ambages que la Nation peut regorger plusieurs ethnies et, par conséquent, est au-dessus de celles-ci.

Comme je l’ai dit dans mon ouvrage ‘’République de Guinée : la paix est possible’’, PP. 27-28 :

…en Guinée, il y a un paradoxe. J’appelle cette situation » le paradoxe guinéen » car, fort malheureusement, tout le monde met son ethnie au-dessus de la nation. C’est ce qui poussa, Feu bah Mamadou, paix à son âme, à affirmer un jour que : « la Guinée n’est pas une Nation mais une république ». Je lui rejoins en toute franchise. Peut-être que nous le serons dans un proche avenir, mais pour l’instant, ne nous sommes pas une Nation. En Guinée, qu’on le dise ou qu’on le taise, les consciences ethniques sont au-dessus de la conscience nationale. Chacun se bat pour son ethnie et tant mieux si cela met en péril la vie de la nation. Voilà, l’origine même des parties politiques à base communautaire ; l’émergence de quartiers presqu’à cent pour cent peulh, malinké, konianké, ou soussou à Conakry. Les écoles, les mosquées et les marchées en sont une parfaite illustration [] Donc, ne soyez pas surpris, au cas où vous demandiez à quelqu’un sa nationalité et qu’il vous dise qu’il est de nationalité : soussou, malinké, peulh, forestière, …

Au Sénégal, au mali-n’eût été les jeux politiques qui déchirent ce beau pays-, en France, Aux USA ; c’est « un peuple, un but ». En Guinée, nous sommes « des communautés ethniques » aux buts multiples et divergents. C’est ça le paradoxe guinéen ; le pays des scandales : scandale géologique, scandale hydrographique, scandale philosophique, scandale social, scandale économique, entre autres. Cet état de fait conduit, indubitablement, à l’ethnocentrisme comme c’est le cas depuis toujours.

Comment y remédier ? Je me fais le devoir de reprendre ici, in extensio, cet extrait de mon ouvrage ‘’République de Guinée : la paix est possible’’, PP. 32-39, où, je parle de l’éducation comme solution idoine de construction d’une société guinéenne unie, juste, prospère et paisible :

  1. L’éducation familiale :

En 2013, j’ai écrit un article, disons, j’ai développé une idée en quelques lignes dont j’ai publié sur un site de la place. Comme tout le monde, je me suis fondé sur l’idée selon laquelle les politiciens sont les principaux responsables de l’ethnocentrisme en guinée. J’ai intitulé mon texte : « politicien colle-moi la paix ! »

Aujourd’hui, j’ai envie de retirer cette publication de la toile. Pourquoi ? Franchement, je viens de réaliser que le vrai responsable de l’ethnocentrisme, ce sont nos différentes familles. Consciemment ou inconsciemment, on nous éduque mal, très mal. Cela, influence négativement nos conduites dans la vie tant bien sociale que professionnelle. Les éducations reçues, pour la plupart, dans les familles sont infectées ; pleines de préjugés et de stéréotypes.[] Chaque ethnie a ses propres étiquètes.

Parfois, on les évoque avec un semblant de plaisanterie, mais leurs conséquences sont extrêmement graves. Ils guident nos conduites et commandent nos perceptions visà-vis des autres. Ils creusent des faussées très larges et profondes entre nous et les autres êtres humains en nous faisant croire qu’ils ne sont que des monstres aux apparences humaines ou, tout simplement des sous-hommes. J’ai vu, plusieurs fois, des sentiments d’amour qui devraient se solder par des mariages, s’éteindre à cause des graves préjugés ou stéréotypes auxquels on nous a fait croire jusque-là…

  • L’éducation scolaire (moralisation, citoyenneté, idéologie)

L’école a, dans les conditions normales, deux missions principales : la transmission du savoir-faire (la science et la technologie) et la transmission du savoir-vivre (la morale).

Très malheureusement, en guinée, la seconde mission fondamentale est bafouée ou tout simplement ignorée. Pour preuve, de nos jours, il n’y a aucune différence, du point de vue comportemental, entre ceux dont on appelle cadres et les analphabètes. Les cadres ne constituent plus un miroir pour le citoyen lambda. Il est même difficile de faire la différence entre ceux qui ont été à l’école et ceux qui sont restés à la maison.

Dans la plupart des cas, les propos et actes ethnocentriques sont véhiculés par les soi-disant élèves, étudiants ou cadres. Faites un tour dans nos écoles, vous constaterez de vous-mêmes, que les élèves et étudiants s’assoient les uns auprès des autres en fonction leur appartenance éthnique. Sous l’œil indifférent des enseignants et encadreurs. [] Portant, dit-on « tant vaut école, tant vaut la nation ».

L’administration guinéenne et notre société dans sa globalité sont à l’image de l’école guinéenne ou plutôt l’inverse car « l’école est une société en miniature » dit-on. Il est donc temps que nous pensions à la moralisation de notre école par l’enseignement des valeurs universelles de fraternité, de paix, d’unité, de solidarité, entre autres. Notre système d’enseignement actuel est dépourvu d’âme, d’idéologie. Non seulement, les formations reçues ne permettent pas aux élèves et étudiants de se trouver ou de créer de l’emploi, mais aussi et surtout, elles ne contribuent pas à façonner l’individu afin de faire de lui un bon citoyen.

 Lorsque vous avez la chance d’étudier aux USA, on vous inculque le « rêve américain » : partir de rien pour s’auto-réaliser, devenir le leader dont on rêve être. Quand vous étudier en France, on vous inculque les valeurs de l’égalité, la fraternité et la laïcité. Mais, malheureusement, lorsque vous étudiez en guinée, vos préjugés et stéréotypes, engendreurs de haine et d’ethnocentrisme se renforcent davantage. Pourtant, l’école devrait être pour nous tous, un moule 36 ou un four d’où sortirait le citoyen idéal dont nous avons besoin pour notre développement socio-économique, politique et culturel.

Dans les familles comme dans les écoles, des discours comme : « la guinée est divisée en quatre régions naturelles », « Taro », « Igname », « esclave », « chargeur » et tant d’autres qualificatifs négatifs, devraient céder la place aux mots : « Frère » « Sœur », « cher compatriote », etc…

Pour y parvenir, nous devrions mettre en valeur l’enseignement de l’éducation civique et morale ; s’il faut, introduire une nouvelle discipline basée spécifiquement sur la citoyenneté et le civisme. Il va donc falloir inculquer les valeurs citoyennes et du « vivre ensemble » aux jeunes générations tant bien dans les familles qu’à l’école.

  • L’éducation sociétale

En dehors de son milieu familial et de l’école, l’enfant est aussi socialisé au sein de la société dans sa globalité. Là, il se confronte aux groupes de pairs ou de thé, aux lieux de culte ou d’initiation (mosquée, église, foret sacrée,…), aux marchés et autres lieux publics.

Fort malheureusement, ces lieux sont de nos jours, de véritables pépinières d’ethnocentrisme, de régionalisme et autres formes de haine entre les citoyens d’un même pays, de notre pays. Au lieu que ces milieux ne servent à construire le citoyen modèle dont la Nation a besoin pour son épanouissement, ils cultivent en lui, l’esprit de rejet de l’autre, de son compatriote avec lequel il devrait, pourtant, s’unir pour le bien de la Nation tout entière.

En guise d’exemples, prenons le cas des marchés et des mosquées ; aujourd’hui, nous constatons avec un profond regret l’existence des mosquées et des marchés réservés aux peulhs, aux malinkés, aux soussous,… N’est-ce pas là, une façon de cultiver l’esprit d’ethnocentrisme dans l’esprit des jeunes générations ?

Par ailleurs, les partis politiques qui devraient, eux aussi, servir d’instances d’éducation et de sensibilisation, attisent du jour au lendemain la flamme ethno-régionaliste à travers des discours enflammés de leurs tenants en manque de programmes de société valables. Parlant des milieux sociaux, soulignons de passage que les quartiers mêmes sont formés sur la base de cet esprit ethnocentrique. Chacun se cache derrière son ethnie, cherche es siens pour loger ou pour construire. Ce qui rend, par exemple, la ville de Conakry presqu’ingouvernable. Dès qu’on démolit les maisons illégalement construites dans tel ou tel quartier, des voix s’élèvent pour crier à l’acharnement contre telle ou telle ethnie.

En épilogue, comme nous venons de le constater, en faisant de l’« éducation à la citoyenneté » et l’« éducation à la paix » notre cheval de bataille, nous parviendrons, dans un  proche avenir, à faire de la Guinée : un havre de paix.

Une nation où il fait bon vivre et où on cultiverait ‘’le rêve guinéen’’, le rêve d’une nation arc-en-ciel, une nation unie, juste, prospère et paisible. A l’instar des USA, de la Chine, de l’Afrique du Sud et tant d’autres nations. Ceci, en privilégiant, la « socialisation sociétaire » en lieu et place de la « socialisation communautaire ».

Cela demanderait l’implication de tous les acteurs (familles, écoles, société civile, …) car, comme le disait le Feu Président, Houphouët BOIGNET : « la paix n’est pas un vain mot, mais, un comportement ».

Aboubacar Mandela CAMARA

Sociologue/Consultant en éducation/Auteur

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